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Anim'Magazine novembre/décembre 2004



Anim'magazine novembre-décembre 2004

Dossier

Familles : un paysage en recomposition



Autonomes plus tôt mais indépendants plus tard, les enfants, désormais au centre de la vie familiale, ont du mal à trouver leur chemin. Les adultes, eux-mêmes, ne savent plus trop bien où ils en sont. Entre démocratie familiale et difficulté à exprimer des repères fiables, ils voguent selon les circonstances. Par ailleurs les conditions d'exercice de la parentalité ont changé. Pères plus présent, mères au travail, familles monoparentales ou recomposées, des nouveaux équilibres sont en marche. Un processus qui n'est pas achevé, et où les structures de loisirs, plus généralement les structures de socialisation complémentaires de la famille, ont leur mot à dire.


"A la séparation d'avec les parents, tardive, répond une autonomie accordée trop précocement", nous déclare Nicole Fabre, psychanalyste et psychothérapeute d'enfants. extrait (p.22)



> Autonomie de l'enfant, "enfant-Roi" …Qu'est-ce qui a changé dans les relations parents/enfants au cours du 20e siècle ?


C'est Freud qui le premier a parlé de l'enfant-roi au début du 20e siècle. Il faisait alors référence à une étape du développement de l'enfant qui, lorsqu'il est tout-petit, est à la fois dans l'illusion de la toute-puissance par rapport à son entourage et parfaitement impuissant. En ce sens, l'enfant-roi a toujours existé. Par la suite, l'expression a été utilisée dans une acception plus sociologique. Il traduit une évolution du groupe social et familial, les parents accédant plus facilement aux désirs de leur enfant par exemple. La publicité, qui met en scène de nombreux enfants désirant une voiture, une glace, etc., est, à cet égard, un bon baromètre du regard porté par l'adulte vers l'enfant.
Mais tout n'est pas négatif dans cette évolution. En effet, elle est d'abord le fruit d'une prise de conscience de l'importance de l'enfance, sous l'effet de la psychanalyse -et notamment de la célèbre formule de Françoise Dolto, empruntée à Freud, affirmant que "l'enfant est une personne". Désormais l'enfant n'a pas que des devoirs, il a aussi des droits. En outre, les familles ont évolué : dans les milieux bourgeois, les enfants ne sont plus confiés à des nourrices et, dans les milieux plus modestes, ce sont les lois sociales (interdiction de travailler avant 16 ans, etc.) qui ont permis à l'enfant de ne plus être uniquement considéré comme une aide pour la famille.



> Comment ce surinvestissement se manifeste-t-il ?

Comme l'enfant est considéré comme une personne, les parents écoutent son avis, cherchent à répondre à ses besoins, se plient à ses volontés. Ce qui autorise l'enfant à continuer à croire en sa toute-puissance. Autrement dit, l'étape de la petite enfance perçue par Freud se perpétue bien au-delà. Par ailleurs, sur l'enfant se concentrent les projections des parents. Il y a un surinvestissement des potentialités de l'enfant qui doit répondre aux désirs non assouvis de ses parents : réussir à l'école, devenir un grand sportif, etc. De façon symptomatique, à Noël, les enfants passent leur "commande" de cadeaux au lieu d'en faire tout simplement la "demande" en exprimant leurs envies sans que ce soit une obligation des parents d'y répondre. Cette "commande" renforce bien entendu l'illusion que l'enfant détient du pouvoir sur ses parents. Autre exemple : à une époque où les ordinateurs existent, je trouve très utile que les enfants y aient accès à l'école ou en famille. Mais pourquoi leur en acheter un pour eux ? C'est les doter d'un outil d'adulte de façon trop précoce. Comment s'étonner ensuite que l'adolescence commence de plus en plus tôt ? Que la "pré-adolescence" disparaisse ? Des enfants de douze ans ont des chagrins d'amour ou des amours fixés trop tôt… qu'ils paient ensuite jusque dans l'âge adulte. Alors que pendant longtemps la "royauté" de l'enfant était liée au fait qu'on le couvait trop, aujourd'hui, elle est la conséquence d'une liberté donnée de façon trop précoce. Les enfants sont transformés en "petit adulte". Voyez la mode des vêtements pour petites filles qui en font de petites Lolita…



Parmi les 27 pages de ce dossier, à noter notre enquête sur le centre de vacances, comme complément éducatif des parents. extrait (p. 33)

Comment aider les enfants à couper de temps en temps le cordon d'avec leurs parents ? Et, inversement, comment accompagner les parents vers l'émancipation de leur enfant ? Il n'y a certes pas qu'une seule réponse. Néanmoins, nous pouvons faire le pari que le Cvl est un des lieux privilégiés de l'apprentissage de la vie en collectivité, hors du cercle familial. Sans les parents, les enfants acquièrent une autonomie qu'ils n'ont pas toujours la chance de pouvoir exercer chez eux. Ils se lavent les dents tout seuls, choisissent leurs habits, apprennent à participer à la vie du groupe en respectant les règles collectives, etc. "Dans ce nouvel environnement, l'enfant sort de son cocon, précise Christophe Landais, formateur à l'Ufcv et organisateur de centres de vacances. Il n'a plus affaire seulement à une ou deux personnes -ses parents- mais à une multitude d'interlocuteurs. De plus, il peut nouer des liens avec des enfants de son ‚ge : c'est tout à fait différent de ce qui se joue dans la famille".
Dans ce nouveau cadre, l'animateur a un rôle éducatif de premier plan. A l'instar de l'enseignant ou de l'éducateur, il va aider l'enfant à se construire. C'est donc en tant que référent -même si c'est sur un temps limité : le temps du séjour- que l'animateur doit pouvoir nouer des relations avec l'enfant et le groupe. Et il y a urgence, tant les enfants ont parfois perdu l'habitude de vivre avec les autres dans un espace commun. "L'enfant et les parents ne veulent plus se quitter, explique André Rauch, professeur à l'université de Strasbourg II, spécialiste des loisirs et de l'éducation. En réalité, on ne veut plus laisser partir l'enfant loin de soi. Les familles ont consenti à abandonner à l'Etat une part de l'éducation et se rattrapent sur les vacances (…). Les parents refusent de voir leur "petit" se faire aimer par procuration. Et culpabilise, pensant : "si je ne l'emmène pas avec moi, je ne l'aime pas"". Au mieux, ils acceptent de confier leur enfant à ses grands-parents -dans ce cas, néanmoins, la rupture n'est pas totale. "Face à l'individualisme ambiant, il n'est pas rare que nous devions mettre en place auprès de certains enfants un mini-réapprentissage de la vie collective", constate Christophe Landais. Ce qui passe par une pédagogie de l'explication, où les règles sont éclaircies et pas imposées. Et par une imprégnation progressive à la vie en collectivité où le "vivre ensemble" finit, en général, par l'emporter.



Enquête
Contrats aidés : les associations inquiètes

Malgré leurs effets pervers (précarité, dépendance vis-à-vis des pouvoirs publics), les emplois aidés sont plus que jamais vitaux pour les associations, qui s'inquiètent lorsque l'Etat rogne sur les budgets sociaux.



Animation
L'enfant dans la ville

Le Musée de la ville à Saint-Quentin-en-Yvelines (78) propose des ateliers pour les enfants afin qu'ils appréhendent leur environnement avec un autre regard.



Handicap

Animal, mon ami

A la Ferme de Chauvigny, des enfants scolarisés en classe d'intégration scolaire (Clis) s'épanouissent grâce à la zoothérapie. (Extrait p.8)

Assis sur des ballots de paille, les élèves de CP de l'école élémentaire de Villenauxe-la-Grande (Aube) attendent que les présentations soient faites. Et quelles présentations ! En effet, aujourd'hui, la classe d'intégration scolaire (Clis) va leur présenter leurs chevaux favoris. Pour ces enfants en difficulté scolaire, atteints d'un handicap mental léger, c'est donc un grand jour. Depuis qu'ils ont commencé, un trimestre plus tôt, a travaillé sur les animaux du centre de zoothérapie de la Ferme de Chauvigny, certains ont fait des progrès extraordinaires. A l'image de Dorian. Ce bout de chou n'a jamais parlé en public. D'habitude taciturne et renfermé sur lui-même, il ose, aujourd'hui, raconter pourquoi il a choisi Bob, le bel étalon quarter-horse du centre : "Je l'aime bien parce que c'est un coquin, dit-il. Je lui fais des bisous mais lui non". Et d'expliquer que ce mâle est le "papa de Lili, de Leïa et de Looping", autant de chevaux qu'il a cïtoyés lors de sa visite précédente et dont il a étudié, en classe, la filiation avec attention.
Si, comme le remarque Florence Briquet, la directrice de l'école, "ce qui vient de se produire avec Dorian est exceptionnel ", pour Emilie aussi, l'expérience a été particulièrement bénéfique. Cette fillette, très inhibée il y a quelques mois, est aujourd'hui tout à fait à l'aise avec les animaux : elle s'exprime avec volubilité, s'occupe de Joy, sa jument préférée, comme si elle avait fait ça toute sa vie, et explique aux élèves de CP tout ce qu'il faut savoir sur les chevaux : "Ils aiment la luzerne et l'orge, certains ont une liste sur la tête (!) et d'autres des "chaussettes" sur leurs jambes". A peine quitté Joy, elle câline avec tendresse Moonligth, un des yorkshires du centre.



Outil de l'animateur

La pédagogie institutionnelle


Issue de la pédagogie Freinet, la Pédagogie Institutionnelle (PI) dépasse largement le cadre scolaire et peut concerner l'animation et la formation. (p.52)

A votre service

Le conseil régional

Second article consacré aux lois récentes sur la décentralisation qui donnent aux collectivités territoriales un rïle de plus en plus important, y compris dans les domaines qui intéressent le plus le secteur associatif, à savoir : l'action sociale, la formation professionnelle, la culture, le sport (p.54)

Prix : 5,00 €

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