Anim'magazine mars-avril 2005
Dossier
Individu /collectif : pour éviter le divorce
Comment vivre encore ensemble à l'heure où les contraintes de l'ordre social collectif paraissent devenir insupportables à tous, où l'épanouissement personnel semble devenu la règle ? La réponse tourne autour de la capacité du collectif à formuler des propositions qui tiennent compte des nouvelles aspirations de l'homme moderne : vivre dans des communautés, s'engager, certes, mais dans des formes plus souples que par le passé, autour d'un lien social choisi et volontaire, et non plus subi.
Un défi pour l'animation (Extrait p. 22)
Longtemps, le secteur de l'animation a été influencé par le modèle d'organisation collective très structurée de l'internat, lui-même fortement inspiré par l'organisation militaire. Horaires rigides, grands groupes, fort égalitarisme ? l'efficacité collective passait avant le bien-être individuel. Depuis une trentaine d'années, conformément à l'individualisation croissante des modes de vie, les Cvl se sont adaptés afin de répondre au mieux aux besoins des enfants et de leurs parents. Le groupe n'est plus un pré-requis incontournable, mais une construction volontaire liée à l'intérêt de ses membres.
" Tout groupe, y compris le Cvl, est fondé sur le fait que certaines activités nécessitent d''tre plusieurs ", explique Jean-Philippe Le Noa, chargé de mission national Bafa/d à l'Ufcv. Jouer au football requiert plusieurs joueurs. Organiser une séance de découverte de la danse suppose des moyens et un espace que, bien souvent, seule la collectivité peut offrir. Chaque enfant, individuellement, aurait donc intérêt à s'inscrire dans un groupe. Mais, à la différence des grandes colonies d'autrefois, ce dernier est devenu un cadre à l'intérieur duquel les organisateurs de Cvl promeuvent des formes d'animation plus individualisées. Ainsi, par exemple, les tenants des méthodes éducatives inspirées de Montessori, partent-ils des besoins de l'enfant. Les levers et les repas, par exemple, sont échelonnés. l'enfant décide à quel moment il va se lever et manger. Une individualisation de l'emploi du temps qui favorise la naissance d'autres groupes, plus petits : rares, en effet, sont les enfants qui déjeunent seuls.
En outre, le collectif reste sous-jacent pour toutes les tâches de la vie quotidienne. Les enfants participent notamment au débarrassage des tables et à la vaisselle. Et si chacun peut se lever à son rythme, pas question néanmoins de faire du bruit et de perturber le sommeil des autres. De surcroît, si une activité collective est prévue dans la matinée, chacun devra être prêt à une heure précise. Ainsi l'individuel et le collectif s?entrem'lent. l'exigence est la même pour les activités. Certes, l'existence d' "ateliers permanents " permet à chaque enfant de choisir ce qu'il a envie de faire : bricolage, cirque, peinture sur soie, etc. Mais, bien que la démarche soit d'abord individuelle, elle peut aussi s'inscrire dans un projet collectif. Les animateurs, à l'écoute des idées de chacun, accompagnent les enfants dans le cadre de projet plus larges, regroupant plusieurs volontaires. Enfin, tous les jours, l'équipe d'animation propose un événement auquel chacun, s'il le souhaite, est invité à participer pour renouer avec le collectif. Car l'enfant, s'il est demandeur d'activités spécifiques, recherche aussi des moments où le groupe exerce sa dynamique.
Parmi les 26 pages de ce dossier, à noter notre article sur les colos d'hier et les centres de vacances d'aujourd'hui, où l'équilibre entre le collectif et l'individuel a changé, au détriment du premier et en faveur du second, ainsi que l'interview de Dominique Sens, psychologue clinicien, sur les interactions entre groupes et individus
Enquête
Pourquoi ces centres de vacances qui ferment ? En 2002, selon les dernières statistiques du ministère de la Jeunesse et des Sports, 1 272 412 mineurs ont été accueillis, soit 5,1% de moins qu'en 2001. Bien qu'aucun chiffre officiel ne permette de quantifier le phénomène, chaque année des associations organisatrices cessent leur activité. Analyse des causes, et tentatives d'explication.
Extrait (p. 12)
Développement des loisirs de proximité, prix de séjours trop chers et, parfois, inadaptation du projet pédagogique des séjours aux attentes des familles, figurent parmi les premières causes de la baisse de fréquentation des Cvl. Mais il est d'autres raisons, essentielles, qui poussent certaines associations à abandonner leur activité liée aux centres de vacances : difficultés pour rénover un patrimoine immobilier devenu obsolète, et essoufflement des équipes qui portaient le projet d'origine. Comme le souligne Bruno Tauzin, responsable du domaine de la Frayse (Gironde) qui vient de connaître une importante réhabilitation, accompagnée d'une réorientation des activités : " Certaines associations ont oublié au fil des années de s?adapter et préparer, par exemple, la succession du fondateur de l'association ". Ainsi des Cvl ferment, quand leurs principaux animateurs sont atteints par la limite d'‚ge, et faute d'avoir pu susciter l'indispensable relève. Des grands centres de vacances " à culture " (1) ont vu ainsi, au fil du temps, leur raison d''tre s?épuiser. Bien souvent les associations qui ont cessé leur activité de centres de vacances ont cumulé les difficultés. A l'instar de La Mie de Pain. " Trop généraliste et pas assez thématique ", d'après son directeur Jacques Bresson, le centre de vacances de l'association parisienne n'a pas su s?adapter aux modifications des modes de vacances et de loisirs des enfants. Il a fermé, début 2004, faute de remplir ses séjours et alors que d'importants travaux de mise aux normes devaient 'tre réalisés. "l'exploitation du centre était déficitaire depuis plusieurs années, relate le directeur. En tant que gestionnaire, je n'avais pas le choix, j?ai dû me séparer de ce qui ne marchait pas. Pour avancer, il aurait fallu 'tre à nouveau précurseur, prendre des initiatives et réfléchir à la question suivante, centrale me semble-t-il : qu'est-ce que ça veut dire aujourd'hui des " loisirs innovants " à destination des enfants ? ".
Animation
Le conte dans tous ses états
Pour ses 10e rencontres, le Clio (Centre de Littérature Orale) avait réuni conteurs professionnels, semi-professionnels ou simples passionnés autour du thème de l'épopée. Une semaine exigeante entre formation, recherche et spectacles.
Extrait (p. 6)
Les enfants ont besoin du conte "Le conte est une parole qui nourrit et qui rassemble. C'est pourquoi les enfants ont besoin qu'on leur raconte des histoires. Quelqu'un qui raconte, c'est un événement magique. Les enfants sont toujours partants. Du moment que l'histoire est vraisemblable, elle existe. Pour eux, raconter des histoires et les entendre, c?est un jeu. Et puis les enfants sont les gardiens du langage. Ils retiennent le squelette de l'histoire, sa logique implacable (pourquoi/parce que) et se manifestent si le conteur se trompe. De fait, le récit est structurant, il leur fournit des repères. Dans le champ de l'animation, le conte permet de travailler sur la place du silence et sur l'écoute au sein d'un groupe. Il peut également être utilisé comme un rituel, par exemple pour préparer à l'endormissement. Il ouvre aussi sur d'autres formes de langage : la comptine, les devinettes, etc. Et peut amener à d'autres activités, comme la marionnette, le thé‚tre, des activités manuelles, etc. Enfin, le conte, quand il est un récit d'origine, peut aider certains enfants, notamment issus de l'immigration, à trouver leur place et à renouer avec leurs racines. Car le conte raconte souvent beaucoup plus que ce qu'il dit. Il permet de transmettre un patrimoine. Autre intérêt : le conte suscite une écoute active de la part de l'auditoire. Ce n'est pas une simple consommation. Au contraire, chacun perçoit ce qu'il veut, selon qui il est. Le conte est une chance pour chacun car il est donné à tous de raconter des histoires. Pour cela, pas m'me besoin de savoir lire. Du coup, pour les enfants issus d'une culture à forte tradition orale, le conte peut être très valorisant. Quant aux animateurs, s'ils utilisent des histoires fortes, peu importe qu'ils soient maladroits : l'histoire se raconte toute seule. Bien sûr, elle fera apparaître ses fragilités mais ce n'est pas un handicap. En effet, la plupart des conteurs aguerris cherchent simplement à raconter de la m'me façon qu'à leurs débuts".
Gilles Bizouerne (conteur professionnel associé au Clio et ex-formateur à l'Ufcv )
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Le contrat de professionnalisation
Depuis le 17 octobre 2004, le contrat de professionnalisation remplace les contrats de qualification jeunes et adultes, d'adaptation et d'orientation, afin de favoriser l'accès à une qualification professionnelle des jeunes et des demandeurs d'emploi et aider à l'insertion professionnelle des jeunes de moins de 26 ans. (p.54)
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