Au sommaire d'Anim'magazine n° 135/136 de juillet-août 2005
Dossier
CES PETITS MAUX QUI LES DESTABILISENT
Ce ne sont pas des grands malheurs, des blessures inguérissables, ces violences intolérables dont l'actualité donne quotidiennement des exemples. Plutôt des petits maux (mots), des petites violences qui font mal, parfois durablement. Si les adultes étaient plus à l'écoute des 'tres fragiles (des enfants, des personnes âgées, handicapées) certains de ces maux auraient pu facilement être évités. L'animation peut aider à créer du lien entre les personnes, à désamorcer la violence, à condition de toujours s'interroger sur ses propres pratiques !
"Eduquer, c'est pouvoir parler, expliquer ce que l'on fait " nous déclare Jean-Marc Bailleux, psychothérapeute et consultant, auteur de l'engrenage de la violence, l'Harmattan, 2004
" La violence est hautement contextuelle. Sa qualification dépend du cadre historique, social et culturel. Sa définition a évolué dans l'Histoire et selon les régions. Ainsi la fessée va être perçue de façon beaucoup plus violente par les Suédois qui ont décidé de l'interdire ; au contraire des Français, de culture latine, qui continuent d'en donner. La violence est à la fois hautement codifiée et très incertaine : il y a ce qui est illicite ou illégal et le reste. Tout peut être violence. Même dormir. En effet, si votre compagne vous parle de ses problèmes sur l'oreiller et que vous vous endormez, c'est très violent.
Le problème, c'est qu'on utilise le terme, aussi bien par excès que par défaut. Aujourd'hui, on nous montre des horreurs qu'il aurait été inconcevable de montrer à la télévision il y a 50 ans et on ne trouve pas cela violent. Des actes de la vie courante sont dits violents alors que d'autres ne sont pas reconnus comme tels. Le licenciement et le chomage sont de vraies violences qu'on ne reconnaît pas.
Les gestes violents sont faciles à cerner, mais ils ne seront pas perçus de la même façon selon les individus. Tout dépend des conditions dans lesquelles ils se trouvent. Des animateurs peuvent commettre sur des enfants ce que tout le monde qualifiera de petits actes de violence, mais ils ne seront pas ressentis comme tels par leurs victimes si elles subissent dix fois pire tous les jours à la maison. La violence est donc très relative dans la perception, le reçu émotionnel que l'on en a.
Ce qui caractérise la violence, c'est l'incapacité à secondariser, c'est-à-dire à s'exprimer autrement. La violence se traduit en général par une réponse, un acte primaire de type très archaïque : stimulus-réponse. La secondarisation va consister à mettre quelque chose entre le stimulus et la réponse. Prenons le cas de Vincent Van Gogh. Le fait de peindre l'apaisait, ça lui évitait de s'en prendre à lui-même ou aux autres. Il a secondarisé par la peinture même s'il a néanmoins fini par se couper l'oreille. l'art, le langage, le sport sont des modes de faire qui permettent d'évacuer l'affect violent.
Dans les Cvl, on ne devrait pas hésiter à organiser la violence en faisant pratiquer des arts martiaux, de la boxe ou encore du rugby aux enfants. Il est étonnant de voir que les jeunes qui ont l'occasion de se battre sur un ring sont justement ceux qui se battent moins dans la rue. La fabrication d'un rituel violent en animation évite la violence sauvage, incontrïlée et incontrôlable.
Trois impératifs éducatifs
Les " petites " violences comme la gifle, la fessée ou la violence verbale, sont à éviter et montrent simplement une impuissance de la part de ceux qui les infligent. Elles marquent plus ou moins l'individu mais sont inutiles et nocives pour sa construction. Tout acte avec un enfant devrait 'tre un acte d'éducation utile à sa socialisation, son accès au monde des adultes. Il convient de faire valoir l'ordre par des moyens non-violents. Quand un enfant a sali partout, on lui demande calmement de nettoyer.
Certains considèrent toute contrainte comme une violence, ils se trompent. Apprendre à marcher ou à parler est une contrainte mais il n'y a aucune violence. Les contraintes sont des aménagements nécessaires qui rendent possible la vie collective. l'enfant qui n'apprend pas la contrainte n'apprend pas la frustration et reste dans la toute-puissance. Et ça, c'est hautement générateur de violence. d'un point de vue éducatif, trois choses sont nécessaires : la présence, non pas en quantité mais en qualité ; la congruence (ce que l'on dit, ce que l'on fait et ce que l'on montre vont dans le m'me sens) et la cohérence (capacité à s'expliquer quand on n'a pas été congruent).
Prenons un exemple : une femme traverse la rue avec son enfant de 5 ans. Tout d'un coup, l'enfant lâche la main de sa mère et manque de se faire renverser par une voiture. La maman, en colère parce qu'elle a eu peur lui met une gifle sans explication. Elle a manqué de congruence. Si elle revient, calmée, et explique à son enfant l'origine de la gifle, elle redonne un peu de cohérence à son acte aux yeux de l'enfant. Personne ne peut prétendre ne jamais avoir recours à la violence mais dans ce cas, il faut pouvoir donner du sens et réparer. Cela passe par le langage. Il faut parler, expliquer ce qu'on a fait.
Si les trois facteurs sont réunis, il y a de l'amour, du soin et de l'éducation.
Animer sans heurter : un défi de tous les jours
En Cvl, la violence, ce n'est pas forcément " les autres"? Il peut y avoir celle engendrée par l'institution elle-m'me, le manque d'expérience d'un animateur ou encore la non-communication.
Annette Dumont est directrice de centre de vacances. Dès son premier stage pratique au ski, elle a été confrontée à la violence d'une partie des enfants. " Ils n'écoutaient pas ce qu'on leur disait, nous répondaient. Ils s'excitaient les uns les autres, se provoquaient. Ils gâchaient les jeux et empêchaient les autres d'y participer. Ils ne voulaient rien faire et surtout pas ce qu'on proposait ! ". Une situation impossible à laquelle elle a tenté de répondre en sanctionnant les éléments perturbateurs : " Nous avons envoyé se coucher certains enfants avant la veillée. Nous avons séparé les enfants turbulents dans les chambres. "
Heureusement, la sanction s'est accompagnée d'une deuxième réponse : " Nous avons impliqué les enfants dans l'organisation des journées et des veillées pour les responsabiliser et éviter les conflits. Puisque les enfants choisissent ce qui se passe, il y a moins de risques de mécontentement. " A la violence de certains, cette directrice a répondu par la négociation et elle a donné un droit à l'initiative qui a permis aux enfants de se sentir plus autonomes. Cela les a aidés à accepter les règles de la vie en collectivité.
Des règles indispensables qu'elle n'avait pas pris le temps d'édicter au début du séjour, ce qui sans doute était à l'origine du comportement irrespectueux de certains, troublés par le manque de cadres. " Je pense que la violence s'exprime quand il y a une incompréhension de la part des enfants, confirme un animateur sur le forum de Planète Anim consacré au thème. Il ne suffit pas de dire : " ne fais pas ceci, ne fais pas cela ", il faut expliquer les choses clairement. Cela règle 90% des conflits. C'est pourquoi, " dès le premier jour, les règles doivent être expliquées et bien comprises ", souligne Radoine Kacemi, formateur Bafa à l'Ufcv. Pour que les enfants ou les jeunes fassent l'apprentissage de la " loi " qui régit le lieu de vie, l'animateur doit passer avec eux un contrat, une convention orale ou écrite (sur une feuille distribuée, sur des affiches ou des tableaux noirs). Convention qui peut d'ailleurs faire l'essentiel d'un projet pédagogique, dans certains camps d'adolescents par exemple.
Expliquer les règles
Ainsi, l'explication des règles est la plupart du temps gage de paix. A condition d'évoquer aussi les sanctions ! Annette Dumont toujours : " Nous n'avions pas réfléchi suffisamment aux sanctions envisageables en cas de souci et de ce fait, elles n'ont pas pu être clairement énoncées aux enfants ". Une erreur dont les jeunes ont profité. Radoine Kacemi, lui, a trouvé un moyen pour parler des sanctions en douceur : " J'explique aux petits (jusqu'à 12 ans) qu'ils ont un permis à points et que s'ils transgressent une des règles, ils perdent des points. Par exemple, une insulte va valoir un point ".
Mais il n'est pas si facile de trouver la sanction idéale et le dialogue est nécessaire pour que le fautif ne se sente pas injustement sanctionné. Car rien de plus violent pour un jeune que l'injustice. Exemple : un enfant a le droit d'aller aux toilettes pendant une activité parce qu'il est " gentil " et l'animateur lui fait confiance. Mais dans le même temps, on interdit à un autre d'y aller, sous prétexte qu'il sera sans surveillance et qu'il fera peut-être une bêtise. Une attitude potentiellement cruelle. " Quand on donne des responsabilités à un animateur, on lui donne un droit de juger. Or, un juge qui rend des décisions injustes, c'est ce qu'il y a de pire ", note Sacy Redjal, formateur Bafa. " Aux yeux des enfants, c'est le ministre de l'économie qui vole dans la caisse, c'est le pharmacien qui vend de la drogue ". l'autorité de l'animateur sera affaiblie tandis que l'agressivité du jeune n'en sera que décuplée.
Sylvain, directeur, avait mis en place, sur un camp, un forum quotidien afin d'éviter les frustrations, injustices et autres non-dits : " Nous organisions tous les soirs une réunion de régulation pendant laquelle les ados et les adultes pouvaient dire ce qu'ils avaient sur le coeur. Ces moments ont l'avantage de crever l'abcès, et quand le conflit est trop grand, des décisions sont prises en collégialité. " Débat et dialogue, maîtres mots de la non-violence en Cvl. Pas suffisants toutefois.
Une organisation inadaptée, une équipe trop inexpérimentée, des activités, pas toujours en adéquation avec les envies des adolescents peuvent engendrer de la violence, alors m'me que les animateurs pensent bien faire. C'est pourquoi il est bon de toujours se remettre en cause, comme le préconise Samuel Stolarz, animateur, formateur, spécialisé dans la non-violence : " l'animateur doit faire le point régulièrement pour repérer en quoi son action, ses actes et discours sont en désaccord avec son désir d'être juste, d'être tolérant et de respecter les différences ".
Comme les enfants, il doit respecter les règles préconisées par l'ensemble de son équipe, au risque de perdre sa crédibilité. " l'animateur doit montrer l'exemple. S?il dit de ne pas prononcer de gros mots et qu'il lâche un " merde " devant les enfants, ils ne vont pas trouver ça logique ", explique Alexis Priour, formateur Bafa à l'Ufcv.
ENQUETE
Voyages solidaires
Depuis cinq ans, de plus en plus d'associations proposent des voyages dits ? solidaires ?. Concept marketing ou véritable engagement auprès des populations locales, que recouvre exactement ce terme ? Les jeunes sont-ils concernés par ce nouveau tourisme ? Extrait (p. 12)
La définition même du tourisme solidaire apparaît très floue. Ainsi, un tiers des personnes ayant déclaré avoir déjà entendu parler du tourisme solidaire l'associent spontanément au commerce équitable (1), mais peu se retrouvent entre les multiples concepts, utilisés par les uns ou les autres : écotourisme, tourisme équitable, responsable, éthique, durable, communautaire, social ? Jean-Marc Mignon, le délégué général de l'Unat (2), éditrice d'une brochure rassemblant les associations proposant des voyages solidaires, le reconnaît : "Pour le public, c'est un peu fouillis, même si ça part d'une même nébuleuse ?.
Une nébuleuse souvent militante, déjà investie dans d'autres projets associatifs et en quête d'un idéal. La route des Sens, qui propose, depuis 1997, des séjours au Panama est née d'une association d'aide au développement. ? Nous avions plusieurs outils à notre disposition pour soutenir les populations défavorisées : les micro-crédits, les subventions de projets et aussi les voyages solidaires. On a fini par ne proposer que du voyage ?, raconte la directrice Evelyne Fabre. De même, Jean-Claude Audigier, déjà membre du mouvement des Foyers ruraux se désolait ? de voir la situation dans laquelle se trouvaient certains pays sans rien pouvoir y faire ? avant de créer Departs (développer les échanges et les projets d'actions rurales en tourisme solidaire), meilleur moyen pour lui d'aider les populations au Brésil, au Venezuela, et au Népal. Pour organiser ces voyages, ce dernier n'hésite pas à partir en repérage pendant trois mois afin de trouver des interlocuteurs fiables : " C'est du bénévolat puisqu'on ne gagne rien sur les voyages ". Même son de cloche du côté de l'association Conseils en voyages solidaires. ? Aucun argent ne rentre dans les caisses de l'association, assure la cofondatrice Françoise Taillard. Les communautés reçoivent la totalité de l'argent engagé, en excluant le transport. A charge pour elles de rémunérer les familles d'accueil, les transporteurs locaux, etc. ? l'association réussit à équilibrer son budget grâce à l'organisation parallèle de séjours pour les scolaires.
ANIMATION
Une vie de château
A Echouboulains, près de Fontainebleau (77), un centre de loisirs, unique en Europe, accueille plus de 70 enfants gravement malades. Reportage à l'Envol. Extrait (p. 6)
" C'est la première fois qu'elle y va. Parce qu'il lui fallait se détendre, se calmer, comme elle dit. Laura a 16 ans et demi et pas de pathologie apparente. Tout juste un surpoids qui lui gâche la vie. " Je suis dépressive", lâche-t-elle simplement devant ses copains qui partagent le repas à sa table. Elle qui avait peur du regard des autres et qui ne souhaitait pas vraiment venir à l'Envol ne regrette rien : "Je m'amuse, je rigole. On s'occupe de nous tous les jours. Je m'entends bien avec tout le monde ", raconte-t-elle avec enthousiasme. Une seule envie, retourner dans cet endroit paisible, situé sur une route de campagne, à quelques kilomètres de la forêt de Fontainebleau.
Après avoir franchi la barrière, on aperçoit les arbres et la verdure qui côtoient quelques bâtiments parsemés sur les 32 hectares du site. Un gymnase, une piscine, une ferme, des ateliers (peinture, dessin, vidéo), une infirmerie, bien sûr, et un château qui rappelle, à coup sûr, celui de la Star Ac et qui servira de lieu de vie pour tous.
Ils sont environ 5 % à revenir à l'Envol. Parce que leurs parents n'ont pas toujours les moyens de les envoyer ailleurs, parce que surtout, il n'existe aucune autre structure pour les accueillir. " C'est le seul centre médicalisé de loisirs en Europe ", explique la présidente de l'Envol Christina Tézenas du Montcel. l'Irlande et l'Angleterre possèdent bien un centre de ce type, mais "l'Envol est unique par son modèle économique. La structure fonctionne gr‚ce à un partenariat public-privé innovant". Cancer, leucémie, mucoviscidose, hémophilie?autant de maladies dont sont atteints les enfants accueillis ici et qui requièrent une surveillance médicale stricte ainsi qu'un encadrement important et permanent. " Il y a toujours quatre adultes pour huit enfants ?, assure Béatrice Mancillon, assistante du développement à l'Envol "(…)
HANDICAP
Sous l'eau, la liberté
Dans une piscine bordelaise, des handicapés moteurs plongent avec des valides et découvrent un espace de liberté insoupçonné. Extrait (p.8)
Vingt-neuf ans qu'elle n'avait pas mis la t'te sous l'eau. Depuis son accident qui l'a laissée paraplégique, Maryse, la cinquantaine, s'était renfermée sur elle-même. Refus de toute activité. Et puis, il y a eu la plongée. ? Une découverte ?, commente sa fille Virginie qui l'a initiée, il y a de cela un an. ? Ca lui a ouvert les yeux ; elle a compris qu'après le handicap, il y a une vie ?. Peu rassurée au départ, Maryse a pris goût, petit à petit, à sa séance du mercredi soir, surmontant les difficultés. ? l'accessibilité au bassin avec le fauteuil roulant n'est pas évidente, explique sa fille. Il y a aussi des problèmes pour l'habillage et le déshabillage. Ensuite, dans l'eau, le corps est déséquilibré par le poids de la bouteille et elle ne peut pas compenser en palmant ?.
Mais l'eau est surtout devenue un élément où "elle a pu oublier son handicap". " Il permet de se mouvoir à nouveau dans un espace et de retrouver une verticalité ", assure Philippe Grand, président du club subaquatique girondin handis et jeunes valides, Tom plouf , basé à Cenon (33), qui fait découvrir ce sport à une dizaine de handicapés moteurs depuis 2000. Grâce à la plongée, on gomme un peu les différences , fait-il remarquer.
Jean-Christophe, 40 ans, tétraplégique, se sent effectivement comme les autres. d'ailleurs, quand il arrive à la piscine en fauteuil, il a déjà enfilé sa combinaison. Sans aide, il soulève ses jambes pour mettre ses chaussons. Aucun aménagement n'est prévu pour faciliter la mise à l'eau. Il ira tout seul. Chacun vaque à ses occupations et n'y prête guère plus d'attention. "Les handicapés ne sont pas des assistés, justifie Patrice, un des encadrants bénévoles. Ils sont capables de faire certaines choses et il ne faut surtout pas empiéter sur leurs capacités ". Jean-Christophe, décrit comme un phénomène, se débrouille d'autant mieux qu'il plonge depuis près de trois ans. C'est un modèle pour beaucoup. " Quand ma mère l'a rencontré, elle s'est rendu compte de ce qu'il était possible de faire malgré son handicap. Par son intermédiaire, elle s'est aussi abonnée à un magazine qui lui apporte des connaissances sur le monde handi, auquel elle ne s'était jamais intéressée avant. " témoigne Virginie.
LES OUTILS DE L'ANIMATEUR
Comment mieux gérer les conflits
Les situations conflictuelles, ouvertes ou larvées, génèrent des effets négatifs (stress, anxiété, perte de confiance, inefficacité?) qui perturbent les personnes et les groupes. Modes d'emploi pour désamorcer les tensions.
A VOTRE SERVICE
Le mécénat, une opportunité de financement pour les associations
La loi n° 2003-709 du 1er août 2003 sur le mécénat des associations et fondations offre à celles-ci de nouvelles perspectives de financement. (p.54)
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