Au sommaire d'Anim'magazine n° 137/138
Dossier
A LEUR SANTE !
Dans l'animation, la préoccupation sanitaire est très ancienne, elle fut m'me à l'origine des colos, comme nous le rappelons dans ce dossier. Cette vocation sanitaire s'est certes estompée à mesure que s'améliorait l'état de santé de la population en général et des enfants en particulier, mais, pour les animateurs, il est impossible de passer à côté, sous peine de "faute professionnelle". L'animateur veille à l'équilibre physique et intellectuel des enfants. Mais pas seulement : il a un rôle éducatif évident à jouer (hygiène alimentaire, prévention des risques…), en phase avec les préoccupations de notre société, focalisée sur la bonne santé.
" Une moderne obsession ", une interview de Pierre Aïach, médecin et sociologue (p.22)
" Selon l'Oms (Organisation mondiale de la santé), la santé est ì un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité. Cette définition de 1946, reprise par l'ensemble des spécialistes de la santé publique et par les préventionnistes îdécrit un projet pour des sociétés en devenir et me paraît, à cet égard, avoir anticipé de façon extraordinaire sur ce que la santé deviendra dans les années suivant l'institutionnalisation de cette définition.
Depuis cette date, la santé est peu à peu devenue une préoccupation permanente, quasi obsessionnelle, à la fois pour les individus et pour ceux qui les gouvernent dans les sociétés occidentales. La santé prend une place de plus en plus importante et déborde largement sur tous les secteurs du champ social. Or, la définition de l'Oms légitime en quelque sorte cette invasion dans des domaines qui, jusqu'ici, ne relevaient pas de la santé. Lorsque l'on interroge les gens aujourd'hui, leur conception de la santé est finalement assez proche de la définition énoncée par l'Oms. De la forme à la sensation d'être bien dans sa peau ou au fait de ne pas avoir de problèmes, la notion de la santé (et par extension la bonne santé) se rapproche du sentiment de bien-être.
Je suis très critique sur cette définition, très idéologique, de la santé. Car on peut tout y mettre ; elle est sans limite. Ce "complet bien-être" dont parle l'Oms peut correspondre à la ì sensation que le commun des mortels peut connaître brièvement pendant l'orgasme ou sous l'influence de drogues selon Petr Skrabanek (La fin de la médecine à visage humain, Odile Jacob, 1995). Finalement, cette définition pourrait très bien être celle du bonheur sur terre. Tendre vers la santé, selon la définition de l'Oms, ce serait créer les conditions d'un bien-'tre social total. C'est évidemment utopique. Par ailleurs, il y a dans cette définition également l'idée qu'il faut tendre vers une société aseptisée, sans aucune aspérité. Ce qui nous renvoie au Meilleur des mondes d'Aldous Huxley, écrit en 1932, où tout le monde est conditionné de façon totalitaire en vue de la recherche de la stabilité sociale. "
Parmi les 25 pages de ce dossier, à noter également notre enquête sur la santé en Cvl : Cvl, espaces jeunes... des lieux privilégiés pour parler de santé. Extrait (p. 37)
A l'instar du milieu scolaire, les centres de loisirs, de vacances ou les espaces jeunes apparaissent ainsi comme de formidables vecteurs de prévention et d'éducation à la santé. Certes, "la vocation sanitaire des premières colos n'existe plus", comme le rappelle Arnaud Canoville, coordinateur Bafa/Bafd de l'Ufcv Ile-de-France ; pour autant, les questions de santé sont toujours présentes.
Impossible pour les animateurs de passer à côté, sous peine de faute professionnelle. "L'animateur veille à l'équilibre physique et intellectuel des enfants. Inévitablement, on est soucieux de leur santé ", affirme Stéphane Laurent, référent Bafa à l'Ufcv-Lille. " L'éducation à la santé fait partie des missions de l'animateur ", renchérit Sandrine Paul, directrice d'un centre de loisirs en région parisienne. Pour les petits ou les grands, la préoccupation est constante. René Godi, directeur d'un Clsh qui accueille des 3-13 ans à Sedan, évoque tous ces petits gestes quotidiens, indispensables à une bonne hygiène : "On veille à ce que les enfants se lavent les mains avant chaque repas. Nous avons aussi acheté un lot de brosses à dents et du dentifrice pour eux ".
Mêmes préoccupations pour les plus grands, dans les centres de vacances : "On leur dit de bien se brosser les dents, raconte Grégory Troadec, directeur d'un centre à Bourg-Saint-Maurice pour les 13-17 ans. A cet âge, l'apparence a beaucoup d'importance, il n'y a donc pas de souci avec la toilette, mais ils oublient parfois les dents ". Avant les activités, les animateurs ont pour consigne de vérifier aussi que les enfants ne partent pas le ventre vide pour ne pas tomber en hypoglycémie.
Et une fiche technique sur Les bons réflexes à avoir avec un enfant malade en Cvl (p.39).
Animation
A 4 ans, premières vacances sans maman
Fin août, les animatrices de la Maison de quartier Lille/Moulins ont emmené des 4-6 ans passer 5 jours de vacances sans leurs parents.
Extrait (p. 6)
Séance crème solaire au bord de l'immense piscine. Océane, 4 ans, est devenue toute verte. Le fluide, coloré, a été étalé sur tout son corps pâle et ça l'amuse beaucoup de voir ses membres peinturlurés. Le sourire jusqu'aux oreilles, elle en réclame à nouveau au sortir de l'eau quelques minutes plus tard.
Il est bien loin le moment de la séparation où, ce matin encore, la petite fille rousse pleurait à chaudes larmes, dans les bras de sa maman, sans pouvoir la quitter. La seule petite fille parmi les quinze enfants au départ de Lille à réclamer ses parents une fois dans le car pour Olhain. " Pour la plupart, c'est la première fois qu'ils partent sans papa ni maman ", fait remarquer Marina, l'une des trois animatrices. Pour beaucoup aussi, ce sont les premières vacances de l'année. Issus du quartier populaire des Moulins, les petits bouts de 4 à 6 ans ont presque tous fréquenté la Maison de quartier ces derniers mois, y compris en juillet. Et ces vacances, à trois-quarts d'heure de Lille, en plein milieu de la forêt, dans le centre d'hébergement du parc départemental d'Olhain (62), "ça leur permet de changer d'air", estime Sonia, la directrice de la Maison, qui a tenu à accompagner les enfants pour cette grande première. Les objectifs pédagogiques du mini-séjour sont clairs : offrir un temps de vacances aux enfants, leur permettre de découvrir la nature et un contexte différent de celui du quartier, favoriser la vie en collectivité et travailler sur les comportements (propreté, hygiène alimentaire…).
Organisé à la demande de plusieurs parents, le mini-séjour se déroule sur 5 jours et 4 nuits. Une durée idéale pour ces bouts de chou qui, au-delà, "sont fatigués et réclament leurs parents", déclare Sonia, déjà partie 3 semaines avec des tout-petits il y a quelques années. Le centre d'hébergement, flambant neuf, accueille depuis un an des maternelles. Mais jamais encore il n'en a eu pour quatre nuits. "Ils restent autant de temps ? s'étonne d'ailleurs une directrice adjointe d'un Clsh qui rentre avec ses petits à 15 km d'Olhain. Chez nous, les parents ne veulent pas les laisser plus de deux nuits. Ils ont peur qu'ils ne dorment pas bien".
Handicap
Le rugby pour s'ouvrir aux autres
Depuis deux ans, le club de rugby de Bègles accueille dans son équipe poussin un autiste. Une intégration réussie. Extrait (p.10)
Dernier entraînement avant les vacances. Sur le terrain de rugby, l'heure est au défoulement pour les 25 garçons âgés de 10 ans. Après une saison bien remplie et des entraînements rigoureux, le temps est au jeu et à la rigolade. En attendant l'entraîneur Valéry, les rugbymen en herbe se courent après, se lancent le ballon. Parmi eux Gabriel. Comme les autres, ce petit autiste de presque 11 ans attend en jouant. Rien ne le distingue vraiment de ses camarades, si ce n'est l'éducatrice, qui le suit partout.
Fabienne accompagne Gabriel aux séances depuis décembre. Etudiante en Staps, sensibilisée au handicap, sa présence est indispensable pour le raccrocher au jeu et aux autres. "Je sers d'intermédiaire pour créer le lien avec les enfants de son âge. Je l'aide aussi pour sa motricité, je l'aide à plaquer. Je suis derrière lui s'il fait tomber le ballon " La complicité est frappante. Jamais très éloigné d'elle, Gabriel la cherche du regard, l'attrape par le bras, lui parle aussi. Fabienne, elle, tente de l'intéresser au jeu, le remotive constamment, court avec lui.
Depuis deux ans au club de Bègles, une des patries du rugby, Gabriel a ainsi pu s'intégrer à l'équipe de poussins. Déscolarisé, en hôpital de jour, le garçon n'a pas d'autres occasions de fréquenter des enfants de son âge ì normaux . Malgré sa différence, malgré des difficultés à s'exprimer, il a tout de même trouvé sa place parmi ses camarades.
Pas si évident, pourtant, à entendre le responsable de l'école de rugby Marc Lautrette qui se remémore son premier jour : "On aurait dit un petit chat sauvage, il se cachait, il ne parlait à personne î. Le garçon, qui ne communiquait pratiquement pas, n'avait, par ailleurs, jamais pratiqué d'activité sportive avant. "Ca ne nous est pas venu à l'idée, raconte son papa Serge. Quand on a un enfant autiste, on essaie de le protéger de tout, on rentre dans son monde et il y a des choses auxquelles on ne pense pas ".
Enquête
La place des femmes dans l'animation
Sur-représentées dans certains secteurs, rares à l'inverse, dans les postes de décision. Manifestement le monde de l'animation peut mieux faire ! Extrait (p. 14)
"Urgent, cherche un animateur garçon, pour encadrer séjour ados". Depuis deux ans qu'il assure le recrutement de son équipe, Jérôme ne s'emb'te plus. Confronté à des candidatures quasi-exclusivement féminines, ce jeune directeur s'est vu obligé de préciser le sexe de son futur collègue. Illégale (1), cette discrimination est pourtant de plus en plus courante dans l'animation occasionnelle (m'me si elle n'est pas aussi explicite) tant les hommes se font rares dès qu'il s'agit d'encadrer des enfants, surtout en bas âge. En témoigne un autre directeur sur le site de Planète Anim' : "Cette année, sur 29 entretiens pour mon Clsh, je n'ai eu que trois garçons". Conséquence, les animateurs sont très convoités. Un garçon titulaire du Bafa peut négocier son salaire, confirme Stéphane Laurent, coordinateur Bafa, Bafd à l'Ufcv dans le Nord. Il peut aller n'importe où et s'il possède en plus un diplôme recherché (Afps, Surveillant de baignade), il est sûr de se placer très vite ". Une situation qui n'est pas sans poser quelques difficultés aux organisateurs qui se voient parfois "plantés" à la dernière minute : "Les garçons font la course au plus offrant. Il leur arrive donc d'accepter un poste puis, trouvant mieux, finalement ne viennent pas, nous laissant très peu de temps pour trouver un remplaçant " explique Karim Baït, référent Bafa à l'Ufcv de Nancy.
Le Bafa étant délivré à 70 % à des filles, il est logique de les retrouver en nombre sur le marché du travail, au grand dam des organisateurs. "Je pense que beaucoup aimeraient favoriser un peu plus la mixité… sans pouvoir y aboutir vraiment", estime Stéphane Selles, référent Bafa à l'Ufcv-Bordeaux. Pour surmonter le problème, certaines organisations (Igésa (ministère de la Défense), Ccas (Edf), Vvf…) ont décidé de prendre en charge financièrement tout ou partie du stage Bafa, pour les adolescents repérés dans les séjours, en échange d'un engagement de deux à trois saisons. La mesure concerne aussi les filles mais le besoin en garçons étant plus prégnant, le procédé est plus utilisé avec eux. Cette solution, ponctuelle, n'enraye pas la féminisation du secteur. "Les postes mal rémunérés, voire peu valorisés sont en général pris par les femmes, analyse Amina Essaïdi, défasienne, enseignante à l'Infop ( Institut national de formation professionnelle) et ex-participante au groupe femme sport et insertion du Mjs. De plus, l'animation est associée aux fonctions maternelles". Même analyse du sociologue Francis Lebon pour qui "le métier d'animateur est dominé par des valeurs "féminines" : des formes douces et diffuses d'inculcation".
Les outils de l'animateur
Intégrer un enfant handicapé en Cvl
Réussir à faire vivre ensemble des enfants valides et d'autres qui ne le sont pas, ne s'improvise pas. En la matière, la bonne volonté et le volontarisme, s'ils sont nécessaires, ne suffisent pas. (p.53)
A votre service
Accident en Cvl : quelques cas de jurisprudence
La nouvelle réglementation des centres de vacances et de loisirs élargit le champ de la responsabilité de l'organisateur et du directeur de cvl, ainsi que celle des animateurs. Lors de l'encadrement des loisirs des mineurs, leur responsabilité peut être mise en cause, y compris devant les tribunaux civils ou pénaux. (p.55)
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