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Anim'Magazine septembre/octobre 2006

Au sommaire d'Anim magazine n°149/150

DOSSIER

Environnement : quelle éducation ?

Réchauffement climatique, épuisement des richesses naturelles, accumulation des déchets de toutes natures, la planète est en danger. Mais comment " éduquer " les jeunes générations ? Souvent aux antipodes des apprentissages scolaires, l'animation propose sa démarche : ludique, ancrée dans la réalité quotidienne de la vie de l'enfant, donc en principe davantage à même de modifier durablement les comportements. 



L'éducation à l'environnement est une éducation au monde
Entretien avec Dominique Cottereau, docteur en sciences de l'éducation, spécialiste de la pédagogie de l'environnement et directrice de l'association Echos d'Images.


Quand l'éducation à l'environnement est-elle née? Comment a-t-elle évolué ?

Si l'on considère que l'éducation à l'environnement consiste à mettre des personnes en relation avec les milieux qui les entourent, alors toute éducation, m'me informelle, est de l'éducation à l'environnement. Ceci étant dit, l'éducation à l'environnement est apparue nommément dans les années 70 avec la prise de conscience des grands enjeux environnementaux liés aux chocs pétroliers, à la pollution des océans, à la désertification, etc. Elle a d'abord été le fait de protecteurs de la nature qui tiraient le signal d'alarme sur la diminution de la biodiversité. Leur objectif était de faire découvrir et connaître la nature. Au fil du temps, les associations qui travaillaient chacune dans leur coin se sont constitué en réseaux associatifs - comme l'Union nationale des CPIE et le réseau Ecole et Nature - qui commencent à peser auprès des pouvoirs publics.
Aujourd'hui, l'éducation à l'environnement a intégré des problématiques environnementales comme la pollution de l'air, les déchets, etc. En outre, de nouveaux acteurs, les collectivités locales, se sont ajoutés aux acteurs traditionnels que sont les associations environnementalistes et de l'éducation populaire en s'appuyant sur le dispositif des emplois-jeunes pour créer des postes d'animateurs environnement.
Tous ces acteurs se retrouvent régulièrement lors de colloques et de rencontres locales, nationales et plus récemment internationales, qui dynamisent le secteur. Il existe certes des débats entre les associations de protection de la nature et les associations d'éducation populaire. Mais toutes se rejoignent dans le fait qu'elles travaillent avec des publics pour reconquérir la qualité de l'environnement. En revanche, au sein d'une même association, il peut y avoir des conflits d'intérêt entre le gestionnaire de l'environnement qui oeuvre à la préservation des espaces naturels et l'animateur qui a besoin de faire venir son public dans le milieu en question.

Est-ce que le concept de développement durable a modifié la façon de concevoir l'éducation à l'environnement ?

La notion de développement durable est à la fois récente et ancienne dans le secteur de l'éducation à l'environnement ; récente car il n'y a pas encore vraiment eu le débat de fond qui permettrait de définir la notion ; ancienne car l'éducation à l'environnement va, depuis toujours, dans la direction d'un développement durable, au sens o? elle défend un monde où l'homme continue à se développer sans que cela soit au détriment de l'écosystème. A ce titre, l'éducation à l'environnement a toujours été une éducation tournée vers le futur. On voit néanmoins poindre des tensions et des débats, notamment de la part des structures qui dénoncent la mainmise des entreprises sur ce concept et souhaiteraient que l'économie redevienne un moyen et non une finalité pour notre société.


Peut-on distinguer plusieurs courants d'éducation à l'environnement ?

Plutït que de courants structurés, il existe des angles d'entrée diversifiés : celui des conceptions de l'environnement, celui des conceptions de l'éducation. Par exemple trois grandes logiques éducatives se complètent : l'éducation au sujet de l'environnement, l'éducation par l'environnement et l'éducation pour l'environnement. L'éducation au sujet de l'environnement correspond à une logique didactique. Dans cette perspective, dominante au sein de l'Education nationale, l'environnement est un objet qu'il faut enseigner. L'éducation par l'environnement renvoie à une approche expérientielle : le public est immergé dans le milieu. Dans ce cadre, l'environnement est directement le maître d'apprentissage du public qui incorpore le milieu qu'il découvre par les sens et le mouvement. On parle alors d' " éco-formation ". L'éducation pour l'environnement se place dans une logique éco-socioculturelle : l'environnement est considéré comme un problème à résoudre, un milieu à gérer pour l'avenir.


Ces différentes approches ont-elles un impact sur les comportements ?

Elles entraînent des changements chez les personnes destinataires. L'éducation au sujet de l'environnement permet une acquisition de savoirs. L'éducation par l'environnement modifie le regard que les personnes portent sur le milieu qu'elles ont vécu de l'intérieur. Enfin l'éducation pour l'environnement provoque une prise de conscience qui va induire, non pas de nouveaux comportements réflexes, mais le développement d'un esprit critique sur la façon dont les humains gèrent leur environnement. Chaque structure d'éducation à l'environnement agence à sa façon ces trois logiques, en mettant l'accent sur l'une ou l'autre. Les animateurs de l'éducation populaire proposent en général à leur public une sortie dans le milieu. Mais ils apportent aussi des connaissances de façon didactique et abordent très souvent les problèmes engendrés par le rapport de l'homme à son environnement. Tout dépend des convictions de l'animateur, du temps qui lui est imparti, de son public, etc.


Quelle est la finalité de l'éducation à l'environnement ?

De mon point de vue, l'éducation à l'environnement est une éducation au monde. Elle permet de travailler sur le lien entre les 'tres humains et les milieux dans lesquels ils vivent, qu'ils soient urbains, ruraux, etc. Au bout du compte, l'objectif de l'éducation à l'environnement, est de permettre à chacun de se sentir appartenir à son environnement et prendre du recul critique sur la façon dont il est géré. Il s'agit d'apprendre à trouver la bonne distance avec son milieu en y développant des comportements respectueux - ce qui passe par le savoir mais aussi par le développement d'une sensibilité, le tout étant d'avoir conscience d'être un habitant comme un autre de ce milieu et de s'y sentir relié. A l'inverse de la pensée séparatiste développée par le monde occidental avec d'un côté les hommes, de l'autre la nature, l'éducation à l'environnement permet de recréer une solidarité et une responsabilité avec le monde qui nous entoure.


Quelles sont les pistes à défricher ?

Il faut sensibiliser les élus, notamment locaux, sur l'importance de l'éducation à l'environnement. Ils attendent de nous que nous fassions des miracles sans prendre la mesure du travail à long terme à mener. Il faudrait les former à la lenteur qui est d'ailleurs le propre de l'éducation ! Car, si nous pouvons faciliter la prise de conscience de l'importance de l'environnement, le déclic doit venir de chaque individu.
Mais il me semble surtout qu'il faut creuser la piste de l'éducation à l'environnement vers les adultes et les familles. Car, pour l'heure, ce sont surtout les enfants qui ont été visés. Il y a là, à mon sens, un nouveau champ d'investigation passionnant ! Il faudrait inventer de nouvelles pédagogies propres à ce secteur spécifique, y réfléchir du point de vue des sciences humaines et notamment des sciences de l'éducation. Une des faiblesses de l'éducation à l'environnement tient en effet à ce qu'elle soit développée essentiellement par des scientifiques de l'environnement. "





Education à l'environnement : un paysage pluriel

Reflets d'histoires et d'approches différentes, il existe différentes façons d'aborder l'éducation à l'environnement. Tour d'horizon .


La circulaire de juillet 2004 sur l'EEDD (Education à l'environnement pour un développement durable) à l'Education nationale (voir encadré) a scellé officiellement l'entrée du développement durable dans le champ de l'éducation à l'environnement. Sur le terrain, le terme était déjà largement utilisé par les différents acteurs de l'éducation à l'environnement, comme un sésame auprès des pouvoirs publics ou des entreprises privées. Les pratiques de terrain en ont été modifiées : finies les grandes leçons naturalistes, aujourd'hui, les animateurs environnement veulent montrer aux enfants la complexité et l'interdépendance des éléments. Les animations strictement naturalistes sont délaissées au profit d'une approche plus globale, où l'environnement est conçu dans sa relation avec l'économie et le social, ou comme une contrainte dont il faut tenir compte pour poursuivre le développement. L'observation et la découverte du milieu laissent le champ à des problématiques plus générales sur la pollution, le recyclage des déchets, la gestion des ressources, etc. Paradoxalement, la fin d'une approche strictement naturaliste se conjugue avec le rapprochement des acteurs de l'éducation à l'environnement avec le secteur scientifique à travers des associations comme Les Petits Débrouillards qui multiplient les animations sur l'eau, le climat, le recyclage des déchets, etc.
Certains redoutent que, par ce biais, l'éducation à l'environnement ne se résume à des " éco-gestes " que les enfants apprennent dans la culpabilité et sur le mode du conditionnement, et qui vaudrait acquiescement au modèle économique existant. Or, les pédagogues défendent à l'inverse une éducation à l'environnement sous-tendant une réflexion sur nos modèles de développement. " Ce qui est important, ce n'est pas d'apprendre des gestes mécaniques, c'est que les enfants comprennent le fonctionnement des choses ", explique Marie-Pierre Delteil, animatrice à l'Ecolothèque de Montpellier. Sur le terrain, toutes les méthodes sont bonnes pour y parvenir. " La sensibilisation à l'environnement, ce n'est pas seulement apporter les termes techniques, c'est aussi laisser fonctionner les cinq sens et l'imagination ", affirme Anne-Paul Mousnier, animatrice au centre de découverte d'Aubeterre. De fait, dans leur pratique, la plupart des animateurs cumulent les approches : naturaliste, environnementale et militante, artistique ou scientifique, en milieu urbain ou rural..., il s'agit, à chaque fois, de s'adapter au public pour le sensibiliser sans le brusquer en suscitant son intérêt (voir témoignages).

Construire des esprits critiques

Dans ce cadre, proposer le développement durable comme finalité de l'éducation à l'environnement apparaît à beaucoup réducteur. Car l'éducation n'est pas une éducation pour quelque chose. Elle doit au contraire susciter le débat sur nos choix de société en construisant des esprits critiques et autonomes. Comme le souligne Philippe Meirieu (1), l'éducation à l'environnement " est une éducation à la responsabilité et à la citoyenneté planétaire ". Or, dans le sillage du développement durable, de nouveaux acteurs ont fait leur apparition (entreprises publiques ou privées, fondations, etc.) avec des mallettes pédagogiques et des plaquettes de sensibilisation sur l'eau, l'énergie, le recyclage des déchets, etc. S'agit-il d'éducation, ou d'opérations de communication ? " Je ne condamne rien a priori mais il faut savoir se poser certaines questions de neutralité et de finalité éducative ", note Dominique Bachelart, maître de conférence en sciences de l'éducation à l'IUT Carrières Sociales de Tours (2). Plus ou moins réticentes, de nombreuses associations historiques du secteur se trouvent néanmoins dans l'obligation d'user de ce terme pour 'tre reconnues.
C'est le cas du Graine de Poitou-Charentes, qui conserve subtilement un point de vue critique  : " C'est un concept porteur qui nous permet de nouer des partenariats nouveaux avec les collectivités locales, les entreprises, etc., note Marc Bonneau, formateur au Graine-Poitou-Charentes. Mais nous privilégions le terme d'éducation à l'environnement VERS un développement durable. Ce qui laisse une place à la pédagogie, qu'on ne retrouve pas dans les termes choisis par l'Education nationale ou l'Unesco. La première parle d'éducation à l'environnement POUR un développement durable ; la seconde ne mentionne m'me plus l'environnement avec l'expression " éducation en vue du développement durable " ".  " Eduquer à l'environnement, c'est d'abord faire exister le monde ; c'est ensuite faire exister les autres dans le monde ; c'est enfin passer  de ce que j'appelle " un monde objet " à " un monde projet " ", assure Philippe Meirieu (3).

(1)    Territoires, n∞466, mars 2006, Adels
(2)    Ibid.
(3)    Ibid.



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