Au sommaire d’Anim’magazine n° 157/158
Dossier
AU PLAISIR DU CORPS
Apprendre aux enfants à connaître leur corps, l'école n'a pas naturellement vocation à cela. A cette très nécessaire entreprise, l'animation, plus que tout autre lieu, peut contribuer. Nous n'aborderons pas dans ce dossier le territoire des activités sportives, largement valorisées dans les différents lieux d'accueil, mais ceux, divers, des sensations et émotions corporelles à développer, à chaque ‚ge de la vie. A travers le plaisir de bouger, d'éprouver, de jouer avec avec les autres, comme nous le montrons dans différents reportages et fiches techniques. A travers des techniques d'expressivité privilégiant l'action et non la performance. Pour le plaisir, donc, et pour une meilleure harmonie : à travers l'expérience corporelle, les enfants élaborent leur système de représentation symbolique et leur capacité à penser. Autant qu'avec leur tête. (p. 20 à 48)
Corps et animation : un tabou ?
L'animation considère le corps comme un support d'activités artistiques, sportives, manuelles, etc. Mais rarement pour lui-même. A quand une nouvelle "posture" ? (P . 27)
"Quand je demande à des tout-petits de se mettre pieds nus pour sentir le sol, certains sont complètement déstabilisés ", raconte une danseuse qui propose des ateliers d'éveil corporel dans les écoles et les centres d'animation. A l'instar de ces enfants pour qui la plante des pieds n'évoque plus rien, l'animation aurait-elle perdu contact avec le(s) corps ?
Certes, l'animation fourmille d'activités artistiques, sportives et manuelles - thé‚tre, ski, planche à voile, équitation, peinture, etc. - qui mettent en scène ou en acte le corps. Paradoxalement, il est pourtant peu à l'honneur. On dessine pour " faire un beau dessin ", on joue au foot pour " vaincre l'équipe adverse ", etc. L'activité a rarement pour but de sentir son corps bouger et ses cinq sens fonctionner. La dimension corporelle, sensitive, sensuelle est presque systématiquement mise de cïté au profit de l'efficacité et de la performance. Or par-delà l'utilité immédiate des activités proposées en CVL, décoder les gestes, les attitudes, les postures conduit à un terrain d'exploration infini : le corps, ce qu'il ressent et comment il fonctionne. " Ce qui se joue dans une partie de foot dépasse largement le match, rappelle ainsi Perrine Marsaut, psychomotricienne à l'Espace Arthur, service pour adolescents de l'hôpital de la Timone et au Cmpi (Centre médico-psychologique infantile) du centre ville de Marseille. La façon dont vont se côtoyer et se situer les corps dans l'espace raconte bien davantage que le score final ". Les joueurs acceptent-ils le contact ? Quelle est la place de chacun ? Attaquant ? Défenseur ?
Accueillir les couleurs
Idem pour l'équitation. Le contact avec le cheval implique différents sens : la vue bien sûr, mais aussi l'olfaction et le toucher. " Les postures corporelles sont également pleines d'enseignements, avance Perrine Marsaut. Certains enfants ou adolescents montent en selle en toute confiance, leur corps épousant la croupe du cheval ; d'autres se crispent et ne trouvent pas leur équilibre... Pour rester maître du cheval, il faut s'affirmer. On voit donc se mettre en place tout un jeu d'affirmation de soi qui se traduit dans le corps par plus ou moins d'hésitation ou de fermeté ".
Le travail sur le corps est particulièrement fructueux à l'adolescence, ‚ge des émotions fortes et de l'émotivité exacerbée. Face à ce trop plein de sens et à une sexualité qui effraie, certains jeunes réagissent en se coupant de leur corps. Jusqu'à souffrir d'anorexie ou de dépression. Dans son service spécialisé pour les adolescents en difficulté, Perrine Marsaut les aide à redécouvrir leurs sens gr‚ce à des exercices de réceptivité. " Je leur propose un temps pour sentir, pour recevoir ", explique-t-elle. Exemple tactile : les yeux fermés, les ados sont invités à toucher différents objets, à en percevoir la forme, la texture, la corpulence " Il ne s'agit pas d'une devinette, précise-t-elle. Le but n'est pas de trouver quel est l'objet en faisant fonctionner son cerveau mais de laisser les sensations en éveil, du cïté du corps ". Exemple visuel : les adolescents sont conduits à accueillir visuellement une couleur présente dans leur environnement immédiat.
Le sport comme une soupape
Ces techniques, inspirées de la méthode Vittoz (1), se retrouvent aussi dans d'autres disciplines : relaxation, sophrologie, méditation, yoga… Des termes encore souvent tabous dans l'animation, qui commencent néanmoins à apparaître çà et là. Samuel Stolarz est un des pionniers. Cet animateur professionnel qui a suivi une formation auprès du RYE (Recherche pour le Yoga dans l'Education, http://rye.free.fr) développe des interventions qui mêlent animation, relaxation et massages auprès de tout type de public.
" C'est en apprenant à écouter son corps que l'on arrive à réguler ses émotions ", explique Samuel Stolarz. C'est pourquoi, selon lui, le travail sur le corps est indispensable lorsqu'on travaille avec des enfants " difficiles ". " En les ramenant dans leur corps, ils découvrent leurs sensations et sont moins disponibles pour s'agiter ", constate-t-il. Pourtant, évoquer des séances de massages en direction des " publics en difficulté " apparaît encore iconoclaste. Avec eux, le sport reste traditionnellement la voie royale. Non sans raison d'ailleurs. " Outre le défoulement corporel qu'il procure, le sport permet de fixer un cadre et des limites à travers les règles du jeu, affirme Perrine Marsaut. Il est d'autant plus intéressant à l'adolescence que c'est un âge où toutes les énergies, y compris sexuelles, sont accumulées dans le corps. Le sport joue un rôle de soupape ".
Découvrir son corps
C'est sans doute avec les tout-petits que l'approche corporelle est la moins taboue. Ateliers d'éveil corporel et activités motrices font figure de classiques. M'me les structures collectives (crèches, halte-garderie, écoles maternelles) accueillent de plus en plus fréquemment des psychomotriciens, des danseurs ou des musiciens. " Les ateliers d'éveil permettent de travailler sur l'enveloppe corporelle, explique Katharina Schoofer, kinésithérapeute qui propose des ateliers pour les tout-petits. Le bébé se vit en effet longtemps comme non séparée de l'autre, et de sa mère en particulier. Prendre conscience du sol, d'une couverture qui l'entoure, etc. l'aide à ressentir peu à peu sa limite " peau " ".Première étape vers la découverte de ses mains, de ses pieds, etc., qui vont le conduire à se vivre comme séparé de sa mère et des autres. Dans cette prise de conscience, les séances " bébés nageurs " sont particulièrement adaptées
Le corps, terrain de découverte, dans les premiers mois de la vie devient peu à peu un outil pour sauter, grimper, courir (motricité globale), dessiner, jouer avec des billes, lacer ses chaussures (motricité fine). Ce qui confère aux salles d'activités motrices présentes dans les structures dédiées à la petite enfance un rïle de tout premier plan. La Bougeothèque (2) de Lambersart (59) accueille les parents et leurs enfants dans un espace de motricité spécifiquement adapté aux enfants de trois mois à trois ans. " Les enfants ne sont pas là pour réaliser des performances, explique Véronique Schrive, la responsable du lieu qui s'inspire de la célèbre pédiatre hongroise Emmi Pikler. Ils font ce dont ils ont besoin au moment où ils en ont besoin, ce qui parfois se traduit par des recommencements incessants d'un m'me mouvement ". Après un temps d'accueil, les enfants sont invités à explorer librement le matériel mis à disposition. " J'interviens rarement et quand je le fais, je m'adresse aux parents, raconte Véronique Schrive. Mais la plupart du temps, j'observe ce qui se joue ".
Accompagner le corps
Accompagner, plutôt que diriger. La même approche peut s'appliquer pour la découverte sensorielle qui, notamment pour les tout-petits, est une autre voie d'accès au monde. Ainsi, pour eux, la diversification alimentaire est une étape fondamentale, qui se prolonge bien au-delà du sevrage, par la découverte des différentes saveurs. " Chez les enfants, les sens, qui sont naturellement développés, ne demandent qu'à 'tre exercés ", rappelle Françoise Renette, fondatrice de l'association Artesens. En grandissant, les enfants ont néanmoins tendance à réduire le champ de ce qu'ils aiment avaler - les légumes verts en sont pour leur frais ! Pour élargir la palette des " aliments amis ", rien de tel que les ateliers goût (voir reportage) qui permettent d'enrichir leur expérience gustative mais aussi visuelle et olfactive.
Plus généralement, pour les 4-10 ans, toutes les activités d'expression corporelle sont des voies d'accès privilégiées au corps. " Ils sont très demandeurs, constate d'ailleurs Sophie Revaud, danseuse, qui organise des ateliers dans les centres de loisirs périscolaires de la Ville de Paris. Il suffit de leur donner le bon cadre pour qu'ils rentrent très rapidement dans la démarche ". Faites l'expérience : proposez à un groupe d'enfants de tourbillonner sur eux-m'mes. Après un temps d'expérimentation très classique, un enfant va spontanément commencer à tourbillonner sur un pied, un autre va tourbillonner en sautant, etc. " J'essaie de leur montrer qu'il n'y a pas de bons ou de mauvais gestes, mais un enrichissement continu des réponses corporelles proposées, ce qui suscite de leur part écoute, respect et prise d'initiatives ", poursuit la danseuse. En mettant l'accent sur le ressenti corporel plus que sur la modélisation du geste, un espace de créativité et d'invention voit le jour. Le jugement (c'est beau/pas beau, c'est bien/pas bien) en est absent. En revanche, le plaisir pris à bouger son corps y a toute sa place. Comme lorsque Sophie Revaud demande aux enfants de s'élancer, sans hésiter à finir leur course en se roulant par terre, loin de toute inhibition corporelle...
Il existe des structures et des professions spécialisées dans cette prise en compte du corps vécu. Mais il n'est pas besoin d''tre spécialiste pour avancer dans la direction d'une plus grande écoute corporelle. Des attentions, qui peuvent semblent minuscules au premier abord, sont à m'me de contribuer à la réappropriation de cette dimension physique. Y compris dans l'animation. Par exemple, en laissant aux enfants un temps de défoulement avant de commencer une activité organisée ; en commençant un atelier modelage par un travail direct avec la matière sans but prédéfini ; en invitant le groupe à s'allonger dans l'herbe les yeux fermés lors d'une promenade en montagne ou encore en jouant à associer les couleurs avec des sensations lors d'une séance de peinture. A chacun de faire travailler son imagination. Les pistes sont infinies. <
Fiche technique
Des jeux et des sens
Aborder les cinq sens par le biais d'un jeu, c'est possible. Voici quelques pistes à explorer, commentées par Pierrette Romana, responsable de la formation à D'Entrée de Jeux, la Maison des Jeux de l'Est Parisien (p. 32)
Animation
Et pourtant ils peignent !
A Mantes-la-Jolie, le centre d'arts Abel Lauvray propose des ateliers artistiques à destination de jeunes du Val Fourré dans le cadre du programme de Réussite Educative. (p. 6)
Handicap
Alice au pays du handicap
Depuis vingt ans, le Cat Eurydice offre la possibilité à des personnes handicapées de pratiquer les métiers liés au théâtre, et notamment celui de comédien. Le festival Orphée permet de donner une visibilité à leur travail. Reportage. (p.10)
Insertion
Premières séparations
Depuis septembre 2004, A Petits Pas, structure municipale de Boulogne-Billancourt (92), accueille des enfants non-francophones ‚gés de deux à trois ans, afin de les préparer à l'entrée en maternelle, tout en favorisant l'intégration des mères. (p.16)
Enquête
Animation : la retraite des "baby-boomers"
Formés dans les années 60 et 70, ils partent à la retraite. Mais il n'y a pas de pénurie de professionnels à l'horizon, et le métier d'animateur a bien changé. (p.12)
Les outils de l'animateur
Organiser les repas
En accueil collectif de mineurs, l'animateur doit-il prendre ses repas à la m'me table que les enfants ? Qu'elle soit positive ou négative, la réponse doit avant tout 'tre cohérente avec le projet pédagogique de la structure d'accueil. (p.53)
A votre service
Associations : Comment assurer vos bénévoles ?
Toute association doit être assurée afin de couvrir ses adhérents, le personnel, le public accueilli, les activités et les biens (locaux, matériel, véhicules) contre les dommages, préjudices et accidents susceptibles d'intervenir et qui mettent en cause sa responsabilité civile et/ou pénale. (p.54)
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