Au sommaire d’Anim’magazine n° 169/170
Dossier
Et si on réhabilitait la marche ?
Le temps des colos où la marche était une des activités principales est révolu depuis longtemps, et nul ne songerait à l’y réintroduire de force. L’objectif de ce dossier est plus réaliste : essayer d’analyser la place de cette activité fondatrice de l’humanité dans les structures de loisirs, et dans nos sociétés. Pour tenter de comprendre pourquoi, alors que, depuis des décennies, l’humanité vivait de plus en plus assise que debout, s’amorce un mouvement inverse, avec la prise de conscience massive des enjeux écologiques, de l’urgence à trouver des solutions alternatives à notre développement et nos modes de vie. Compte tenu des enjeux économiques de cette prise de conscience, la marche n’est certes pas la solution au réchauffement de la planète ! Mais elle en fait partie, modestement. Plaidons donc, dans les accueils de loisirs, pour un usage raisonné et ludique de la marche, à la découverte de soi, des autres et de l’environnement. En essayant d’ « oublier » la voiture à chaque fois que cela est possible.(p. 20 à 50)
L’art de l’accommoder (p.34)
Dans l’animation, de multiples activités ont la marche comme support. Mais pour se déplacer, les contraintes, comme partout ailleurs, poussent de nombreuses structures à privilégier la voiture ou le bus.
> « Vous marchez ? » La question semble bizarre et les animateurs y répondent tout de go : « bien sûr, on marche ». « Tout dépend des distances, nuance Lucy Bernard, directrice d’un accueil de loisirs à Cherbourg, mais j’essaie de faire marcher les enfants». D’autant plus que dans leur quotidien, les jeunes ont délaissé les déplacements à pied, au moins pour se rendre à l’école. La marche a mauvaise presse auprès d’eux. Sauf peut-être dans le scoutisme « où elle est le moyen de déplacement, contrairement à la plupart des accueils de loisirs, où elle passe forcément par le jeu » commente Guillaume Brigaud, ancien scout, directeur d’un accueil de loisir à Thiers. Résultat, « on n’emploie jamais ce mot car il renvoie à une notion d’efforts, analyse Sébastien Buhr, coordinateur environnement du domaine de la Frayse, en Gironde, or, l’aspect sportif nous importe peu. Ce qui compte et qui motive les groupes, ce sont les buts de la marche ». Découvrir un nid d’abeilles, une empreinte dans le sol, un arbre rare… lors d’une balade pédagogique ! « Si on lâche aux enfants le mot randonnée, ils font grise mine », confirme Clément Laurent, directeur de l’accueil de loisirs de Vaux-sur-Seine.
Comment s’en accommode-t-on dans l’animation ? « Il faut agrémenter, pimenter la marche, lance Gil Borel, gestionnaire de la maison de l’aventure à La Chapelle-en-Vercors, la randonnée est un outil de découverte, le but du jeu n’est pas de faire marcher les enfants, mais leur faire découvrir la faune et la flore, les initier au land art, par exemple !». Donc mettre en avant l’objectif, avant la marche elle-même. Celle-ci sert de base à de nombreuses activités, notamment dans les grands jeux : rallye photo, parcours d’orientation, jeu de piste, chasse au trésor… «C’est une activité que l’on développe, reprend Franck Pradelier, directeur de l’accueil de loisir de Bazas, en Gironde, car nous sommes une structure à dominante nature. La marche est un support pour observer l’environnement ». Lucy Bernard s’en sert également en bord de mer : « Je demande aux enfants de faire attention à ce qui les entoure, je leur montre les algues comestibles, je complète leur savoir. La marche est éducative». Pour Joann Lebé, responsable des séjours Ufcv dans les Pays-de-la-Loire, elle peut être un mode de déplacement à privilégier, notamment pour des ados ou préados : « Lors de périodes de découverte dans des grandes villes, il y a un intérêt quasi-pédagogique de la marche avec cette volonté d’immersion au sein des lieux dans lesquels on voyage. L’intérêt, c’est l’autonomie, alors que les transports motorisés induisent de la contrainte ». De nombreux séjours pour les jeunes font ainsi de la marche un outil essentiel de vie, de déplacements et de découverte.
A pieds ou en bus ?
Mais d’autres font sans, de fait. « Ici, on n’est pas des grands marcheurs, confirme Quentin Dubois, directeur de l’accueil de loisirs du Plan-de-la-Tour, un village près de Sainte-Maxime, cela n’est pas notre activité principale et on a tout sur place : terrains multisports, piscine… Les enfants courent, galopent, se déplacent, mais ne marchent pas franchement ». Le bus sert deux fois par semaine lorsque le centre organise des sorties à l’extérieur. Les quatre roues semblent plus souvent une contrainte difficile à éviter, même si les adeptes du transport « tout motorisé » font encore de la résistance. « Pour aller en forêt, faire un rallye ou un jeu de piste, le bus est presque obligatoire analyse Valérie Bourban, directrice d’un accueil de loisirs à Sainte-Anne-sur-Brivet, en périphérie de Nantes, le premier bois est à 35 kilomètres. La première piscine à 7». Franck Pradalier, directeur de l’accueil de loisirs de Bazas, en Gironde, limite au maximum l’usage du car, utilisé « lorsqu’il y a plus de 5 kilomètres à faire ou lorsqu’il pleut ». Un choix qui répond à un besoin aussi bien économique qu’écologique. « Si on peut minimiser la pollution, on le fait, c’est rentré dans la tête des enfants et de l’équipe d’animation ». De plus, les cars grèvent le budget des structures. « Pour aller à Bordeaux, qui est à 60 kilomètres, on va payer un bus 300-320 euros, explique Franck Pradalier, alors que l’activité que l’on va réaliser avec Cap sciences va nous coûter 180 euros, tarifs de groupe ».
La plupart des accueils de loisirs, comme des séjours de vacances privilégient donc la marche « pratique » pour les petites distances. « Cela rythme une journée reprend Valérie Bourban, les enfants ont besoin de bouger entre les activités et lorsqu’ils arrivent à la cantine, par exemple, ils sont plus calmes, plus reposés, moins énervés ». Toutefois, pas de recette magique ou de règle immuable. « Avec notre public - les 3-6 ans - on ne marche pas beaucoup, reconnaît Géraldine Couin, car notre projet pédagogique est basé sur le rythme de l’enfant. L’objectif n’est pas qu’ils s’épuisent durant leurs vacances, on essaie de leur permettre de se reposer avant d’aller à l’école». On évite donc les sorties quotidiennes, les temps calmes écourtés, voire supprimés. Souvent, prendre le bus est synonyme de gain de temps et donc de respect des horaires. Il permet notamment de ne pas zapper l’impérative sieste des plus petits.
Entre un petit âgé de 3 ans et un « grand » âgé de 11 ans, les besoins en dépense physique ne sont évidemment pas les mêmes. La capacité des enfants dépend également de leurs activités avec leurs parents. « Les enfants ne sont plus forcément habitués à marcher, reprend Sébastien Buhr. Ils tirent un peu la langue, mais arrivent à l’objectif. Il faut faire des micro-pauses très régulièrement ! ». Pour Rachel Thébaud, directrice du centre de loisir de Crac’h dans le Morbihan, une marche qui fonctionne est une marche adaptée. « Pour les 3-6 ans, ce n’est pas difficile, dès lors que l’on conçoit cette marche comme un temps d’animation, explique-t-elle, même s’il faut prendre certaines contraintes en compte : « ils marchent moins longtemps et c’est plus difficile pour eux : il faut donc prendre son temps».
Toutefois, dans l’élaboration d’un séjour de vacances classique, « la marche n’est pas un élément prioritaire, affirme Yoann Lebé, elle n’est pas forcément au centre des projets, à la différence des séjours itinérants. Du côté de l’organisation, si tout est à proximité, tant mieux, mais dans la réalité, c’est parfois loin d’être le cas. Il s’agit alors d’aller au plus pratique». Tout dépend de la configuration du centre de vacances, de la station balnéaire… A partir de quand utilise-t-on alors le bus ? Il n’y a pas franchement de règles, mais « lorsque les courses sont à plus de deux kilomètres, que l’on campe avec une quarantaine de jeunes et qu’il faut ramener les bidons d’eau, pas possible de faire autrement », conclut Guillaume Dorai, directeur de séjour de vacances. <
Enquête
Séjours de vacances, un enjeu contemporain
La crise de fréquentation des séjours de vacances masque des réalités locales diverses, mais elle a conduit tous les acteurs à s’interroger
sur leurs pratiques. Pour tenter d’enrayer une évolution défavorable, moins due aux attentes des parents et aux demandes des enfants qu’aux évolutions sociétales et aux politiques publiques.
(extrait p. 12)
La perception des séjours de vacances chez les parents est stable depuis 20 ans : 50% étaient partisans de ce mode de vacances en 1983, le taux est similaire en 2000. Par ailleurs, un tiers des parents déclarent que leur enfant de 8 à 14 ans a déjà effectué un séjour en « colo »1. Du côté des jeunes, 65% des 6-17 ans qui ne sont jamais allés en centre de vacances souhaiteraient en faire l’expérience 2 et 90% de ceux qui en sortent sont contents de leur séjour.
Pourtant, on assiste depuis une dizaine d’années à une baisse de fréquentation : 900 000 enfants partaient en 1953, ils étaient 1,6 million en 1994. Puis, entre cette année charnière et 2002, la fréquentation a chuté de près de 25%. Jean Houssaye, auteur de C’est beau comme une colo3, précise que cette baisse touche essentiellement les séjours des 6-12 ans, la fréquentation demeurant stable chez les ados.
Selon l’OVLEJ (Observatoire des vacances et des loisirs des enfants et des jeunes) le prix des séjours est un frein pour 71 % des parents ; le quart d’entre eux le considère même comme un obstacle majeur. L’augmentation du coût de la main d’œuvre, avec des animateurs autrefois militants qui sont aujourd’hui le plus souvent des salariés, ainsi que le renforcement croissant des normes de sécurité, ont entraîné la disparition de nombreux petits centres. La hantise du risque, qui innerve toute la société, sévit a fortiori dans le secteur de l’enfance. Pour Jaqueline Momal, inspectrice au ministère de la Jeunesse et des Sports, il est difficile d’affirmer que la médiatisation de certains incidents a eu un effet direct sur la baisse de fréquentation, mais elle peut contribuer à modifier la perception des parents sur les centres de vacances. Elle conduit en tout cas l’administration à modifier les règlements, selon une logique qui consiste à « légiférer sur la base de cas particuliers et sous le coup de l’émotion », selon le magistrat Antoine Garapon 4.
Ainsi, suite à l’incendie mortel survenu en août 2004 dans le centre équestre de Lescheraines où un groupe effectuait un séjour de 4 jours, le ministère impose désormais que tout séjour soit déclaré (seuls les séjours de plus de 5 jours devaient l’être auparavant).
La mixité sociale mise à mal
Une enquête de la Sofrès de 1983 concluait que le revenu ne discriminait pas les publics des centres de vacances. Aujourd’hui cette mixité sociale est mise à mal. Le sociologue Joël Zaffran, par ailleurs ancien président d’une association gérante de séjours collectifs, estime que les classes moyennes ont le plus pâti des réorientations des aides : ne touchant pas d’aides financières, elles peinent à faire partir leurs enfants en séjours collectifs. 5 Une étude de l’OVLEJ montre que le budget alloué aux centres de vacances par les CAF a diminué de 34% entre 1994 et 2002, au profit des centres de loisirs.6 Pour sa part, le conseil d’administration de l’UFCV, dans une prise de position récente, demande qu’on facilite le départ en séjours de vacances des enfants des milieux modestes, eux aussi pénalisés par les orientations de certaines CAF.
Sur cette question de la mixité sociale, Isis Sarion, responsable de la cellule qualité de la Fédération Partir, nuance le propos : « Basés à Figeac, nous proposons des activités de proximité toute l’année pour les habitants : centre de loisirs, ludothèque, ludobus… De nombreux usagers de notre centre de loisirs deviennent adeptes de nos séjours d’été. Or, depuis que l’on a intégré l’UFCV et l’UNAT, nous accueillons aussi dans nos séjours des enfants venus de grandes villes et de leurs périphéries. Cette mixité sociale est très intéressante pour nos petits campagnards qui n’ont jamais quitté Figeac et pour ces citadins qui découvrent la campagne. Cela crée de belles rencontres entre des enfants qui n’auraient jamais l’occasion de se rencontrer ailleurs. »
Pour la Fédération Partir, dont la fréquentation est en croissance régulière, il y a cependant un net changement de profil. Ainsi, Isis Sarion déplore 4 exclusions d’enfants en 2007, pour des problèmes de comportement. « Nous tenons à accueillir tous les enfants, y compris ceux inscrits au titre de la protection de l’enfance, par les familles d’accueil ou les assistantes sociales. Il nous arrive de recevoir des enfants porteurs de problèmes psycho pathologiques… Cela nécessite de renouveler totalement nos pratiques pour faire face à des jeunes parfois inadaptés aux règles de la vie en collectivité, et habitués à être encadrés par des éducateurs. » La Fédération a rendu obligatoires les rencontres avec les tuteurs en amont du séjour, pour nouer un contact avec les familles ou les éducateurs. Suite à ces rencontres, un contrat peut être mis en place avec un enfant s’il a des problèmes de comportement particuliers.
Chez Vacances Evasions, Jean-Marc Mahé observe une tendance similaire. « En juillet on maintient une relative mixité sociale. Mais nombre de familles de la classe moyenne ne bénéficiant pas d’aides, elles rechignent souvent à des séjours plus longs qu’une semaine, qui coûte 300 à 400 ?. » Au contraire, au mois d’août, quand de nombreux centres de loisirs ferment, un public très financé (CAF, Conseil Général…) est accueilli « Ces enfants restent pour des séjours de 3, voire 4 semaines. Ce public est plus difficile car il est concentré sur une population démunie. » Face à cette situation, Jean Houssaye, historien des colos, propose « une solution simple, qui créerait un appel d’air en faveur des colonies devenues un luxe pour les classes moyennes : la possibilité de déduire des impôts le coût des centres de vacances, à l’image des services à la personne. (…/…)
Animation
“ C’est quoi, une danse ? ” (p. 6)
Jusqu’en juin 2008, le foyer du collège Dulcy September d’Arcueil (94) accueille des ateliers de sensibilisation à la danse, organisés par l’association EthnoArt, qui mêlent expression artistique et approche ethnologique.
Handicap
Avec les mains et la voix (p.10)
Un café associatif du 18e arrondissement de Paris ouvre ses portes aux mal entendants et aux entendants, petits et grands, sans préjugés.
Insertion
“ Histoire de femmes, maux croisés ” (p.16)
Quatorze affiches choc ainsi qu’une vidéo. C’est le matériel proposé par 36 stagiaires des formations « découverte de la vie professionnelle » et « acquisition des savoirs de base » de Mutzig et Sélestat (Ufcv Alsace), dans une exposition destinée à témoigner contre la violence faîte aux femmes.
Outils de l’animateur
ACM : Quelle place pour les parents ? (p.54)
Permettre aux enfants d’exprimer leurs choix, leurs envies mais aussi leurs questions et leurs doutes, est un moyen de les rendre acteurs de leurs loisirs. Etat des lieux, non exhaustif, des outils pour leur donner la parole.
A votre service
Associations et subventions publiques (p.56)
54% du financement des associations provient de fonds publics. Nous n’aborderons pas ici le cas des subventions de l’Etat et des organismes publics aux associations qui doivent être agréées et relèvent de procédures spéciales, mais des subventions des collectivités territoriales. Rappelons que les nouvelles modalités de demandes de subventions -en particulier le dossier unique institué par la circulaire du 24 décembre 2002, complétée par l’arrêté du 11 octobre 2006- qui s’appliquent à tous les services de l’Etat et aux établissements publics placés sous sa tutelle, ne sont pas obligatoires pour les collectivités territoriales.
Et nos rubriques habituelles : cinéma, livre, sans oublier nos Petites annonces classées.